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En répétant hier dans les pages du Soleil les âneries de l'UPA, et non du MAPAQ, sur mon statut de producteur agricole, Michel Morisset s'est servi d'un faux cas d'espèce pour faire le procès des petites entreprises agricoles du Québec. Je retrouve bien là les préjugés habituels de ceux qui aimeraient bien sortir ces milliers de petites fermes de l'agriculture afin de les remplacer par quelques grosses fermes bien rentables et lourdement subventionnées.

Il faut d'abord se le dire, l'agriculture au Québec est majoritairement faite de petites et moyennes fermes dont l'impact et la contribution n'ont jamais été mesurés chez nous. Voilà une tâche qui pourrait occuper Michel Morisset et lui permettre d'ouvrir ses horizons au lieu d'entretenir une vision de l'agriculture basée sur sa seule valeur comptable.
Pourtant même en parlant d'argent des études américaines et européennes démontrent que les petites fermes sont plus rentables à l'âcre, qu'elle crée plus d'emploi que les grosses fermes et que leurs dollars restent majoritairement localement. On pourrait même ajouter qu'au Québec elles font tout cela sans recevoir pratiquement aucune subvention. Eh oui contrairement à ce qu'affirmait hier Michel Morisset il y a des planchers minimums pour avoir accès au soutien de l'état au Québec et la majorité des petites fermes ne se qualifient pour aucun programme hormis celui du remboursement de taxes foncières agricoles. Pourtant à l'autre spectre environ 150 intégrateurs et très grosses entreprises agricoles vampirisent littéralement plus de 230 millions de dollars du programme d'assurance stabilisation des revenus agricoles soit 25% de tout le soutien en agriculture. Si on cherche un scandale...il est là!
Après 40 ans du «grossis ou meurs» la tendance est en train de s'inverser en agriculture. Selon l'Union paysanne, l'avenir est aux petites et moyennes fermes, mais l'avenir surtout est à...plus de fermes. En 2012 nous avons plus d'avocats, plus de plombiers, plus d'électriciens qu'en 1950. Sommes-nous logiques en pensant pouvoir nous nourrir, occuper le territoire et simplement vivre avec de moins en moins de paysans? Cette logique industrielle semble être rendue au bout de sa course. À preuve, Obama parle de limiter les subventions des grandes fermes pour les rediriger vers les plus petites, idem en France. La Suisse et l'Italie l'ont fait il y a 20 ans tout comme les pays scandinaves.
Il est important au Québec de sortir de ce genre de débat stérile qui nous fait tomber dans une ségrégation agricole qui ne sert personne. Ségrégation qui est un faux débat initié par quelques penseurs de l'agro-industrie qui voudrait de toute façon voir les producteurs, maintenu dans une niche de terroir ou comme de gros fournisseur de matières premières.
Notre agriculture à besoin de rénovation majeure à commencer par son mode de soutien axé sur les volumes de productions qui justement livre notre agriculture aux intégrateurs et aux industriels. La plus grande rénovation va devoir se faire surtout en premier lieu entre les deux oreilles afin de pouvoir sortir des sentiers battus et amener l'agriculture du Québec vers l'avenir.
Le rapport Pronovost avait à peu près tout écrit la marche à suivre, mais le MAPAQ a préféré embauché pas longtemps après Michel Morrisset comme conseiller expert pour sa futur politique agricole. Il ne reste plus juste à se souhaiter que ses conseils furent meilleurs que sa lettre d'hier ou il se trompe dès le départ sur mon statut d'agriculteur.
À vin nouveau....outre neuve!
Benoit Girouard, producteur agricole Président Union paysanne
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